Gustav Castan
Gustave Castan
Par Charles Gabriel Diodati
Fils d’Alphonse Castan et d’Elisabeth Rillet-Bandol, Gustave Castan est orphelin de père dès son jeune âge. Après le Collège à Genève, il suit le cours de littérature de l’Académie (1840–42), où il a comme professeur Rodolphe Töpffer, puis se forme dans l’atelier d’Alexandre Calame de 1843 à 1848. «Elève de Calame»: c’est ainsi qu’il se fera nommer dans les livrets des Salons parisiens auxquels il participera, sans en manquer un, de 1855 à 1882. Il accompagne son maître en Italie en 1844–45, puis dans l’Oberland bernois,notamment au glacier de l’Aar auprès du glaciologue Louis Agassiz en 1845. Avec certains élèves de François Diday et d’Alexandre Calame, il forme un groupe, le Brunswick (dont il reste un album intitulé Les causeries du Brunswick), actif de 1842 à 1845. Il se lie d’amitié avec le peintre français Alexandre-Eugène de Castelnau, qu’il accompagne à Paris en 1848–49, et découvre au Salon les œuvres de François-Louis Français. Dès 1850, il parcourt la France et rencontre, dans le Dauphiné, le peintre Auguste Ravier.
Officier, il reçoit un ordre de marche du général Dufour en 1856. Ce sera pour lui l’occasion de dessiner certains événements de l’affaire politique et militaire de Neuchâtel, diverses scènes de mobilisation et de chemin de fer avec un tel sens du journalisme qu’elles intéresseront la presse. En 1857, il visite le Salon avec Jean-Baptiste Camille Corot, dont un ami, le peintre Camille Bernier, l’initie à la Bretagne, au Finistère et à la Normandie. En outre, séduit par les romans de George Sand, Castan part en campagne dans le Berry et y rencontre souvent l’écrivain. Conduit par Ravier, il se rend également à Morestel, où se croisent les écoles de paysage de Barbizon et de Lyon. Il participe à l’Exposition internationale de Vienne en 1873 et à la Jubiläumsausstellung de Munich en 1888.
Castan consacre beaucoup de temps à la défense des intérêts des artistes. Il fait partie, dès sa fondation en 1865, de la Société suisse des peintres et sculpteurs, dont il est le président à l’occasion des discussions concernant l’affirmation d’un art national et l’introduction d’un crédit fédéral annuel de 100 000 francs en faveur des beaux-arts en 1887.
Castan a été confronté à la lumière italienne avant de découvrir celle de la haute montagne en Suisse. Peut-être est-ce là une des causes de sa différenciation d’avec son maître, après ses premières huiles, quand il tend vers une peinture plus «claire», moins dramatique et plus ample? Après le séjour italien, il s’adonne à l’étude du paysage suisse. Torrents et rochers, cimes et forêts ne manquent dès lors jamais dans sa peinture. Une autre voie le tente cependant, celle des paysagistes français, élèves de Corot, qui se promènent dans les sous-bois de la campagne française. Corot devient son idéal; Castan s’approche de plus en plus de l’art de celui-ci, dont il reprend l’«accent rouge» dans certains paysages et le voile gris des surfaces. Au Salon de 1864, le chroniqueur du Moniteur des arts définit Castan comme «le Daubigny suisse». Le Sous-bois à Gargilesse avec George Sand assise au pied d’un arbre (1874), conservé au château de Nohant, est une synthèse de son art: le sous-bois et le bois sont perceptiblement structurés et constituent à la fois une image légère et transparente, presque un souvenir d’eux-mêmes.
Dans sa dernière période, Castan est sensible à la position d’Auguste Ravier face à l’impressionnisme et à la notion d’esquisse. Il est en outre intéressé par le peintre et graveur Hector Allemand, qui tient l’étude sur le motif pour nécessaire, mais insuffisante pour restituer l’émotion première. A côté des clichés-verre d’Antonio Fontanesi, admirateur de Calame, le Cabinet d’arts graphiques de Genève conserve quelques plaques de Castan. Y aurait-il eu un atelier genevois de clichés-verre, sur le modèle de ceux d’Arras et de Barbizon? Le rassemblement de ces œuvres atteste encore une fois des relations tissées entre Corot, Charles-François Daubigny, Ravier et les milieux artistiques genevois. Considéré comme un simple continuateur de Calame, Castan a tout de même su s’engager, modestement il est vrai, sur une autre voie, celle de la modernité de la peinture européenne de paysage, exposée à Lyon et à Paris.
