De Tendu au Fay
L'ancien relais de poste du Fay (36) - Porte cavalière - Photographie Alexis Chartraire
À la fin du règne de Charles X, le dernier roi de France, dans les années 1830, la guerre civile et le choléra constituent les deux événements majeurs qui font fuir les peintres et bien d’autres de la capitale, vers la campagne.
Jules Dupré, le peintre paysagiste, et George Sand, la romancière, sont les plus influents. Ils attirent, artistes et intellectuels, dans l’Indre, de Tendu, Le Fay jusqu’à Nohant–Vic.
Le voyageur se déplace en diligence. L’équipage est tiré par plusieurs chevaux changés de relais en relais. Conduit par un postillon, il sillonne les routes sans relâche, de jour comme de nuit, par tous les temps. Les chemins sont bien souvent épouvantables, des haltes sont nécessaires, il faut souvent réparer la voiture, et c’est l’occasion de se restaurer et se reposer. Les relais de poste sont, en principe, établis toutes les sept lieues, soit une trentaine de kilomètres. À l’origine, la lieue correspond à la distance qu’un homme ou un cheval peut parcourir en une heure, soit environ quatre kilomètres suivant le relief, l’état des chemins et les saisons. Les auberges, nombreuses et largement répandues, tout comme les fermes, accueillent les voyageurs.
En 1798, le pays compte 16 routes postales royales, dont celle de Paris à Bayonne par Orléans, Limoges et Toulouse. La ligne de chemin de fer Paris-Limoges est opérationnelle à partir de 1850. Au XIXe siècle, dans la région du Berry, l’alimentation est simple, rustique et très dépendante des saisons et des ressources locales, rurale. Le pain constitue le pilier de chaque repas. Dans l'âtre de la cheminée, un chaudron reste en permanence sur le feu, mijotant des soupes de choux, de navets et de légumes secs agrémentées d'herbes sauvages. On consomme également des bouillies de céréales, complétées par du lard, des œufs et du fromage. Pour se désaltérer, on sert un vin vert, une piquette du cru, de l'eau vinaigrée ou simplement du lait. À l'étage, la chambre offre un spectacle de dénuement. Son mobilier se résume à quelques paillasses dans des cadres de bois et à une table supportant un broc pour la toilette, simplement éclairée par une chandelle. Dans l'ombre de cette pièce austère, puces et poux sont des hôtes aussi familiers qu'indésirables.
Le Fay, commune de Parnac, est composé d’un vaste ensemble de bâtiments formant un relais de poste. Construit au XVIIe siècle, il appartenait à la famille de La Marche, seigneur de Parnac. Au XVIIIe siècle, la famille Delaneau l’agrandit en y ajoutant une maison de maître, des écuries, et des extensions pour la nourriture des bêtes… Robert Ursin Delaneau est le maître du relais de la poste aux chevaux du Fay, commune de Parnac, et l’aîné, Jean Delaneau, y est aubergiste.
En 1829, Jules Dupré quitte sa famille, qui habite Limoges, pour se rendre à Paris. La diligence fait une halte à l’auberge de Tendu. C’est à cette occasion qu’il découvre le paysage et se promet de revenir tellement il est subjugué par la beauté de la nature. La lumière y est très particulière, elle est souvent décrite comme douce, mais capable de contrastes brusques lors des orages ou des couchers de soleil. Les arbres, les cours d’eau, les prés vallonnés, le travail de l’homme et de ses bêtes enthousiasment ce jeune peintre.
Ceux qui quittent leur atelier balayent les conventions, abandonnant les croquis, les décors et les compositions. Ces inventeurs d’un nouvel art pictural capturent la lumière changeante, les teintes réelles de la nature et sa beauté. Ils racontent des scènes de vie champêtres, montrent l’architecture des villages. Ces peintres ont eu ce génie d’être les premiers reporters, en exposant dans les salons ces images en mouvement d’une réalité ignorée. Ces anciens ouvriers de manufacture sont du même âge.
Ils forment la première colonie de peintres sur le motif.
En 1832, Jules Dupré et Louis Cabat arrivent ensemble à l’auberge de Tendu, au Petit Saint-Jean-Baptiste. Ils contribuent activement à la révolution de la peinture de plein air, en peignant sur « le motif ».
En 1833, Dupré revient un peu plus au Sud, dans le hameau du Fay, sur la commune de Parnac. Situé vingt-cinq kilomètres après Tendu, le relais est le suivant sur la route de Limoges. Il est accompagné de son frère, Victor Dupré, de Constant Troyon et de Jules André.
En 1838, Dupré peint une huile sur toile intitulée, « La traversée du pont » représentant un pont au Fay. Elle se trouve aujourd’hui à la Wallace Collection de Londres.
En 1842, de juin à décembre, à la suite des recommandations de son ami Jules Dupré, Théodore Rousseau vient seul au Fay et à Saint-Benoît-du-Sault.
En 1847, George Sand, qui apprécie beaucoup la peinture de Théodore Rousseau, l’invite à séjourner à Nohant. C’est à cette occasion qu’un mariage entre la fille adoptive de Sand, Augustine Brault, et Théodore Rousseau est envisagé.

