Henri Rouart (1833-1912)
Photographie tirée du livre "Henri Rouart - L'oeuvre peinte" - Ed. Hazan
Stanislas Henri Rouart, dit, Henri Rouart naît à Paris le 2 octobre 1833.
Ses parents, Alexis-Stanislas Rouart (1800-1875) et Rosalie Henriette Charpentier (1814-1885), résident au 114, rue Saint-Honoré à Paris. Son père, passementier spécialisé dans les uniformes militaires, achète en 1847, à La Queue-en-Brie dans la Seine-et-Marne, une propriété constituée de deux grandes maisons du début du XIXe siècle en vis à vis et d'une orangerie au milieu d'un grand parc boisé, propriété qui devient le berceau de la famille.
En 1861, le 4 novembre, Henri Rouart épouse Hélène Hortense Françoise Jacob-Desmalter (1842-1886) à Paris 9e. Le couple habite rue de Lisbonne, à Paris. Elle est la petite-fille du célèbre ébéniste de Napoléon Ier. Six enfants naissent de leur union : deux filles, Hélène et Lucie, qui ne vivra que quelques années, et quatre garçons, Alexis, Eugène, Ernest et Louis. Leur mère disparaît prématurément à 44 ans, laissant ses enfants en bas âge. Ils diront plus tard avoir souffert de l'absence maternelle.
En 1912, le 2 janvier, Henri Rouart décède à son domicile au n°34, rue de Lisbonne, à Paris. Il est inhumé le 5 janvier au cimetière du Père-Lachaise.
Formation
Henri Rouart, comme son frère cadet Alexis (1839-1911), fait ses études secondaires au collège Louis-le-Grand ; ils ont pour condisciples, Ludovic Halévy, Alfred Niaudet, Paul Valpinçon, Louis Bréguet et Edgar Degas.
En 1853, Henri Rouart entre à l'École Polytechnique, et en sort deux ans plus tard honorablement.
Carrière
Précurseur dans le domaine industriel, comme il est un peu plus tard dans ses choix de collectionneur, Henri Rouart et son frère Alexis, dirigent la société éponyme. Ils sont entourés des ingénieurs et chercheurs Ferdinand Carré, Hippolyte Fontaine, Zénobe Gramme, Étienne Lenoir. Alexis Rouart dépose un certain nombre de brevets significatifs de l'avance technologique de la société Rouart : moteur à vapeur chauffé par le gaz, froid industriel, moteur à quatre temps.
Henri Rouart est capitaine pendant la guerre de 1870. Au cours du siège de Paris, où il dirige une batterie d'artillerie, il y retrouve son ami d’enfance Edgar Degas, qu’il avait perdu de vue depuis Polytechnique.
Les deux frères Rouart, Henri et Alexis, partagent l'amitié de Degas. À cette époque, les figures des deux frères sont souvent liées. Tous deux sont de grands collectionneurs. Alexis réunit des objets d'Extrême-Orient et partage avec Degas la passion des estampes japonaises et celle de la gravure. Il possède d'ailleurs un jeu complet des réalisations du peintre dans ce domaine. Au grand regret de leur père, aucun des fils d’Henri Rouart ne suit son parcours professionnel ; mais chacun à sa manière s'intéresse au domaine culturel.
Henri Rouart est très attaché à sa famille, peu mondain, il se plaît au milieu des siens et de ses amis proches. Ses tableaux évoquent souvent la vie tranquille et familiale, tant à La Queue-en-Brie qu’à la rue de Lisbonne. De cet homme affable, libéral, toujours prêt à accueillir ceux qui s'intéressent à l'art moderne. Paul Valéry écrit :
« J’admirais, je vénérais en Monsieur Rouart la plénitude d'une carrière dans laquelle toutes les vertus du caractère et de l'esprit se trouvaient composées. Ni l'ambition, ni l'envie, ni la soif de paraître ne l'ont tourmenté. Il n'aimait que les vraies valeurs qu'il pouvait apprécier dans plus d'un domaine ».
Henri Rouart et Edgar Degas sont des collectionneurs fanatiques ; la passion de l'industriel pour la peinture a certainement encore renforcé leur amitié. Henri Rouart achète depuis la fin des années 1860 régulièrement des œuvres chez le père Martin, ardent défenseur de Corot, Millet, Jongkind, Cals.
Très vite, Henri Rouart participe aux côtés de Degas à l'aventure Impressionniste comme collectionneur et mécène, mais aussi comme peintre en exposant avec eux. Henri Rouart expose désormais régulièrement avec les « Peintres Indépendants?» (de 1876 à 1881 et 1886). En 1882 il se solidarise avec Degas, qui refuse d'y participer. Henri Rouart participe donc activement au rayonnement des peintres Impressionnistes, tant par ses œuvres que par sa contribution financière pour la location des salles. Il intervient de nombreuses fois pour atténuer les dissensions entre son ami et les autres membres du groupe des Impressionnistes.
Si Henri Rouart, en vrai précurseur, a su comprendre l'œuvre des artistes de son époque, il s'intéresse tout autant aux maîtres anciens. Sa collection est le reflet d'un éclectisme passionné. Il est ouvert à toutes les manifestations artistiques, des statues égyptiennes à la sculpture gréco-romaine ou aux tanagras, jusqu'aux œuvres de Barye et de Medardo Rosso. Le soutien d'Henri Rouart à ce dernier est significatif de sa clairvoyance ; très tôt, il a su déceler l'esprit novateur de l'artiste italien et son apport à la sculpture moderne. Il aime confronter quelques primitifs allemands ou siennois avec les œuvres de ses amis Impressionnistes.
Henri Rouart, partage sa passion. Il prête généreusement ses œuvres pour que les artistes soient représentés au mieux dans les expositions : la galerie Durand-Ruel pour Daumier en 1878 ou pour Renoir en 1892. Il s’engage activement dans des souscriptions pour appuyer des peintres, comme celle de 1892 en faveur de Lépine et celle que Monet a lancée pour que l’état acquière « L’Olympia » de Manet auprès de la veuve de l’artiste.
Son engagement pour l'art le conduit tout naturellement à rejoindre en 1897 la jeune Société des Amis du Louvre nouvellement créée ; il est au nombre des premiers administrateurs qui animent brillamment ce cénacle qui s'est donné comme but d'enrichir les collections du Musée.
En 1911, il est nommé membre de la « petite commission » chargée des achats modiques.
Après sa mort, les deux ventes Henri Rouart, considérées comme l'événement du siècle, voient l'éclatement de sa collection et marquent définitivement la consécration et le triomphe des peintres Impressionnistes pour lesquels il s'était engagé avec passion tout au long de sa vie.
Il est venu peindre sur le motif en Creuse et tout particulièrement à Crozant, profitant de la fraîcheur de la Sédelle et de la Creuse.
Décorations
En 1878, le 16 décembre, il est fait chevalier de la Légion d’honneur.
En 1892, le 3 janvier, il est fait officier de la Légion d’honneur par le ministère du Commerce et de l’Industrie.

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